Photo Guillaume Wydouw

Éveil culturel en hébergement d’urgence

Chanter dans un centre d’hébergement d’urgence peut restaurer la confiance. Ateliers musique à Bagnolet et Montreuil.

 

L’histoire est déjà trop longue !  Hiver 54, le Secours Catholique ouvre une Cité d’urgence installée sous tente pour accueillir et nourrir les sans-logis. Elle deviendra la Cité Notre Dame à Paris pour les hommes de la rue. Dans le même temps la Cité Myriam ouvre ses portes à Montreuil pour accueillir des travailleurs migrants d’Afrique du nord. 60 ans plus tard, l’Association des Cités du Secours Catholique (ACSC), créée en 1990, compte 18 Cités, réparties sur 3 territoires, l’Île-de-France, le Sud-ouest et le Centre-ouest, au total 70 structures d’une capacité globale de 3 600 places. Implantée dans plus de 10 villes de Seine-Saint-Denis, la Cité Myriam offre 800 places réparties sur différents sites collectifs ou individuels.  C’est dans ce contexte toujours plus lourd et prégnant, que s’est développé un Pôle urgence/logement pour abriter et stabiliser les familles en risque de rue à Montreuil, Bagnolet et Pantin.

 

OFFRIR UN ACCOMPAGNEMENT GLOBAL

 

Françoise Goetz1 répond à l’urgence « de mettre un toit et d’apprendre à vivre seul dans un logement. La chambre d’hôtel reste un désastre, c’est une réponse coûteuse qui renforce l’isolement. Nous devons offrir un accompagnement global et lister les priorités. La durée moyenne de séjour est d’un an, temps dont nous avons besoin pour une démarche de stabilisation. Quand une personne fait appel au 115 avec l’angoisse de ne pas savoir où dormir, perce aussi l’inquiétude pour les enfants. Beaucoup de mamans pensent que la précarité sociale ne peut pas toucher à ce lien qui reste le seul pour l’enfant. Ils n’ont pas de doudous ! Ils ont toujours leur mère au bout de la main… ». La Cité Myriam tente de lutter contre l’isolement qui confine les mères dans un face à face perpétuel avec leur petit. Béatrice Loré2 souligne : « Il est nécessaire de créer des passerelles avec d’autres familles, de construire durablement un lien relationnel ouvert, de soutenir les compétences, participer à l’éducation et donner des repères dans le développement de l’enfant ». 

Les familles attendent tout ce que la France peut mettre dans leur sac à dos, tout ce qu’elle porte en elle et ce qu’elle donne à ceux qui vivent sur son sol. Est-il alors légitime de proposer des espaces d’éveil culturel dans un contexte où la vie a appris à ne plus faire confiance à personne ?

« L’attrait d’un atelier musique est qu’il ne demande pas un savoir faire inaccessible. C’est aussi une parenthèse de vie » souligne Milan Kialobo, éducateur spécialisé. « On est tous là pour la musique, les enfants voient leurs parents sur un autre mode, ils osent, ce qui favorise la participation des enfants qui prennent le relais. C’est une découverte de l’autre, nous ne sommes plus dans un entretien classique, chacun donne ce qu’il a envie de donner ». 

 

CHANTER EST UN RÉFLEXE UNIVERSEL

Margotte Fricoteaux3 intervient depuis trois ans à la Cité Myriam et propose des Rencontres en chansons : « La majorité des mères fredonne. Elles se sentent compétentes… Chanter c’est rassurant, c’est un geste universel ». Milan Kiabolo souligne que « la question de la langue est importante. Les gens sont sensibles aux propositions qui vont vers eux. Se donner la peine de fredonner dans la langue d’origine d’une famille, redonne confiance. Un mot dans la langue maternelle, c’est une attention à l’autre. On autorise les mamans à faire appel à leur patrimoine culturel, c’est une façon sensible d’aller à leur rencontre ». Dans les ateliers on fait appel à des souvenirs forts, à des émotions perdues. Françoise Goetz souligne « le côté enveloppant de cette activité. On est enfin dans une relation au plaisir, la musique replace dans une relation à la vie. La maman redevient plus sereine et ça nous aide dans notre quotidien qui consiste à travailler sans cesse la distance à l’autre ». Miary Razafimahery, éducatrice spécialisée, note que « les résultats sont assez rapides. On observe les enfants dans un autre moment de vie, l’atelier donne un cadre différent, on oublie les problèmes ». 

Dans ce moment de l’atelier, la musique est un levier pour redonner à chacun la conscience de ses capacités. Et comme le disait une maman « la musique ça me permet de penser ».

•HK

 

1 – Chef de service du pôle d’urgence famille et logement.
2 – Technicienne de l’intervention sociale et familiale au centre d’hébergement de la Fédération de Montreuil
3 – Musicienne et formatrice – Enfance et Musique

Association des Cités du Secours Catholique Cité Myriam
2, rue Aqueduc – 93100 Montreuil
Tél. 01 48 70 49 50
Pôle Urgence familles – Logement
Orientations via le 115 et le SIAO 93
Pôle Urgence / Logement
Hébergements d’Urgence et de Stabilisation pour familles : 3 sites collectifs à Montreuil, Bagnolet et Pantin.

Territoires d’éveil n°1

Publication : Juin 2014
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