Des bébés au musée

Les musées dès la petite enfance ? Mais oui et pour tous ! Les musées sont des terrains d’aventure : on est prêt, osons davantage !

 

Nombre de musées, muséums, centres d’art… sont de formidables terrains d’aventure pour les tout-petits, leurs familles, les professionnel.les des musées, de la petite enfance, des arts et de la recherche. Nombre d’expériences le documentent dans Les bébés et les musées. Pourquoi ? Comment ? et Les musées, c’est dès la petite enfance ! Beaucoup d’autres mériteraient de l’être, pour en savoir davantage. Et tant d’initiatives, d’expérimentations, d’études restent encore à s’y déployer. Y compris dans des lieux où cela n’est pas évident. Les Archives : de nouveaux points de mire ? Et pourquoi pas ? Celles de Bordeaux se sont ouvertes à la petite enfance1, à Nice aussi en compagnie de l’artiste Caroline Duval. Et les musées de minéralogie ? Passionnant de toucher une grosse météorite ou des fragments de Lune ou de Mars au musée de l’École des mines.

 

© Sylvie Rayna – Art Basel 2025, Petit Palais

 

Les bébés aussi s’émerveillent devant les beautés sous vitrine, comme au musée de l’université Pierre et Marie Curie. Partout, la petite enfance gagne du terrain dans les musées, Yannick Le Pape2 l’a montré dans les deux ouvrages cités3 et lors de la journée organisée autour du dernier4. Du côté des bébés, on sait que, dès avant la naissance, leurs capacités d’attention sont étonnantes, et la question de leur attention esthétique est posée par Maya Gratier5. Du côté des adultes, des professionnel.les ont envie… : des journées interprofessionnelles facilitent la rencontre, comme à La Seyne-sur-Mer où en 2024 le partage des aventures émouvantes des tout-petits et des tiers accompagnateurs à La Chartreuse de Douai, au CIAC de Carros, aux musées de Grasse et dans plusieurs musées bordelais6 a immédiatement rapproché un Relais Petite Enfance de la ville et un centre d’art proche. Après leurs premiers pas ensemble, d’autres actions ont été partagées avec d’autres : musées d’histoire naturelle et de la Marine à Toulon, bientôt musée de la fleur d’Ollioules. D’autres journées (celles du LMAC à Montpellier, de CLEA à Cagnes-sur-Mer, du MIP à Grasse) devraient impulser de nouvelles aventures sur davantage de territoires (tous les enfants y ont droit) et contribuer à contrecarrer partout la « malnutrition culturelle » (Sophie Marinopoulos).

 

EXPLORATION ET ÉMOTION

 

Les ingrédients des rencontres sensibles au musée : on les connaît, alors… De l’émotion avant toute chose. Telle celle éprouvée dans la contemplation, immobile, en silence, par ce tout-petit qui pile devant une œuvre en haut de l’escalier du musée Picasso, la tête tendue un long, très long moment. Celles qu’évoquent les vocalises puissantes de bébés au fil de « L’empire du sommeil » à Marmottan ou les propos d’un peu plus grands qui retentissent parfois, comme au Petit Palais : « Elle est belle comme maman ! » ne peut se retenir une petite fille devant une déesse endormie, ou encore qu’expriment, là, autrement encore, les jeunes enfants interloqués face aux imposantes sculptures cinétiques de Julius von Bismarck qui plient jusqu’à terre avant de se redresser tout aussi lentement. Ils attendent, intrigués, amenant les adultes à s’accroupir, à partager leur hauteur de vue. Des émotions communes, sans mot dire aussi ou en chuchotant à l’oreille, tels ces deux tout-petits entourant tendrement leur mère accroupie devant le Paysage en bleu de Paul Klee. Tendresse : petits bisous et caresses prévisibles au rythme des visites, quand personne n‘est empêché, contraint, limité, que chacun va à son pas, s’accorde. De l’exploration également. Les très, très jeunes suivent du regard les formes, s’arrêtent sur des détails significatifs, longuement. Si on leur en laisse le temps, si on ne les dirige pas vers ce qu’il faudrait apriori voir. Explorations redoublées dans le partage avec d’autres enfants, même sans se connaître, comme au musée des beaux-arts de Rennes, lors de Prière de toucher, pendant toute une matinée – explorations décuplées parce que tactiles – devant des parents ébahis.

 

© Sylvie Rayna – Prière de toucher, musée des beaux-arts de Rennes

 

De même, les trois tout-petits accompagnés avec justesse par une assistante maternelle habituée du lieu. Explorations multisensorielles aussi quand odorat et goût sont sollicités (au MIP de Grasse ou au CIAP de Carros7 ou encore à mille formes de Clermont-Ferrand ou au musée Bonnard8). Du mouvement, du jeu, de l’imagination aussi : les médiateurs et médiatrices culturel.les, comme Véronique Fauvet à La Chapelle Saint-Jacques, à Saint-Gaudens9 l’ont bien compris, avec sensibilité, inventivité, polyphonie. À travers ces expériences « par corps » se tissent des liens intersubjectifs humanisants entre tous les protagonistes en présence, tous légitimes dans ces lieux de culture où déjouer fatalismes et exclusions, trouver ensemble joie, sérénité et sens.

 

NOUVEAUX HORIZONS

 

Des dynamiques vertueuses naissent de telles expériences et de là, des actions originales et de plus grande ampleur. Nathalie Gossiaux et Fanny Lejay10 se sont ainsi lancées dans de l’inter-musées et de l’inter-villes avec UBU (chouette de Picasso et basset de Bonnard) : beaucoup de pères et grands-pères ont participé, des enfants venus avec la crèche ont entraîné leurs familles au musée, et l’aventure se poursuit avec le musée Fernand Léger de Biot et un nouveau projet11. Tout n’est cependant pas un long fleuve tranquille partout : des expériences de grande qualité, inclusives12, sont interrompues ici ou là. Une telle fragilité des acquis est inacceptable. Que signifie un tel empêchement quant à la mise en œuvre de la Charte nationale d’accueil du jeune enfant et au développement professionnel auquel ces expériences concourent ? Alors qu’ailleurs se développent : des centres gratuits dédiés aux jeunes enfants (Cool Kids Space du CAPC de Bordeaux, Mille formes à Montpellier) ; une centration « petite enfance » de réseaux d’art contemporain (LMAC, AC//RA) ; la créativité des professionnel.les (expositions hors les murs : crèche de Cap d’Ail ou d’un centre de loisirs parisien, avec les familles13, ou musée itinérant du RPE du Val de Banquière14) ; davantage de coordination municipale et de mise en synergie comme à Bordeaux ou Toulouse15). Pour des moments répétés « d’humanité partagée au présent »16 (Pascale Garnier).  

Sylvie Rayna
ISMÉE-Université Sorbonne Paris Nord

1, 15 – cf. le replay : https://www.editions-eres.com/eres-formations/formation/journee-les-musees-cest-des-la-petite-enfance
2 – Ingénieur des services culturels et du patrimoine (musée d’Orsay, ministère de la Culture)
3, 4 – Appelés « Petit jaune » et « Petit bleu » dans les notes de bas de page qui suivent, en référence à l’ouvrage de Léo Lionni, Les lutins de l’École des loisirs.
5, 6, 7, 12, 15, 16 – cf. « Petit bleu ».
8, 10, 12 – cf. « Petit jaune »
9, 11, 13, 14 – à paraître

Territoires d’éveil n°35

Publication : Mar 2026
Territoires d'éveil
Accueil Publication

Toutes les publications

  Le label Enfance et Musique
Cd, Livres-CD pour les tout-petits


Voir le site du label

Réseaux sociaux

 Enfance et Musique
17 rue Etienne Marcel
93500 Pantin
Tél. : +33 (0)1 48 10 30 00
Siret : 324 322 577 000 36
Organisme de Formation déclaré
sous le n° : 11 93 00 484 93

Informations pratiques

Conditions générales de vente

Mentions Légales

Partenaires publics

Share This