Photo Guillaume Wydouw

L’écran vole du temps à l’exploration !

L’enfant se construit dans la relation à l’autre. Ce patient chemin passe par de nombreuses expériences sensorielles. 

 

Considérant la motricité autrement que sous l’angle de la mobilité, Henri Wallon souligne que la relation du jeune enfant est d’abord et avant tout une relation à autrui et non une simple exploration de l’environnement. Explorant son environnement, il a besoin qu’on lui manifeste de l’intérêt et de la considération afin de poursuivre son investissement et se sentir un humain parmi les humains.

Du fait de son immaturité à la naissance (néotonie), le bébé a besoin de l’autre, de la relation à l’autre. Accompagné, sous le regard bienveillant de l’adulte de référence, il part à la découverte de son environnement : manipuler, secouer, palper, mettre à la bouche, flairer, sentir, pour connaître et se reconnaître… Sa connaissance du monde lui permettra de tisser un lien et de s’y adapter. Dans un environnement constitué des objets et des personnes qui l’entourent, l’exploration demande beaucoup de temps, de la répétition et de la persévérance malgré les échecs. Les tout-petits sont d’une grande patience pour reprendre sans cesse le même geste comme un artisan qui peaufine sa gestuelle. Un enfant de 2 ans environ va longuement expérimenter un jeu d’encastrement avant de parvenir à la réussite de son projet. Saisir délicatement la pièce de bois, la soulever, sentir son poids, sa forme, la déplacer sur la table, affiner ses gestes. Pour remettre en place les éléments il devra tâtonner, repositionner maintes fois avant de parvenir à faire coïncider la pièce de bois avec la forme. C’est alors l’explosion de joie, la jubilation de la réussite !

 

SOUVENIR D’UNE FRAMBOISE…

 

Sous le soleil d’été mûrissent les framboises, cachées sous les feuilles, leur teint pourpre apparait. Comment ne pas écraser ce fruit délicat ? Par l’expérience maintes fois renouvelée, d’estimer la juste pression exercée pour détacher le fruit du pétiole sans l’écraser. Selon l’état de mûrissement, nous saurons à même d’affiner notre geste ! Exercer un peu plus de pression si elle n’est pas tout à fait mûre ou au contraire l’effleurer à peine si elle est à point. Avant de parvenir à cette prouesse, un enfant aura l’occasion d’éprouver de nombreuses sensations et peut-être de vivre quelques déconvenues… La framboise réduite en bouillie avant d’arriver à la bouche, le jus qui coule sur le menton, les doigts poisseux… Mais c’est bien parce qu’il aura pu se confronter à ces expériences sensorielles variées qu’il parviendra progressivement à affiner ses gestes et à savourer enfin ce fruit délicat, gardant en mémoire de délicieux souvenirs mais aussi un savoir-faire de motricité fine et remarquable.

 

SALLE D’ATTENTE ET VOYAGE EN VOITURE !

 

Des rangées de fauteuil pour les adultes, dans un angle une table basse, une petite chaise et sur la table, un gros cahier de coloriage et une ancienne boîte à biscuits, remplie de crayons de couleur. Une fillette de 2 ans accompagnée de son père s’installe avec détermination. Elle ouvre la boîte, découvre les crayons. Avec une grande satisfaction elle prend le coloriage et commence à tracer de grandes arabesques. Elle tourne la page, s’apprêtant à poursuivre ses dessins, quand son père lui fait remarquer que ce cahier est mis à la disposition de tout le monde et qu’il est important de laisser quelques pages pour les autres ! Il l’encourage donc à continuer sa page à elle. La feuille bien remplie, elle entreprend un autre jeu et sort tous les crayons de couleur, les dispose sur la table comme une mosaïque colorée. Elle les remet ensuite dans la boîte et la referme. Voyant le dessin d’un moulin sur le couvercle, elle chantonne Meunier tu dors, accompagnée par son père dans un joli duo. La simplicité du dispositif, pensé par les professionnels du lieu, a sans doute laissé beaucoup d’espace à la créativité de la petite fille, accompagnée avec justesse par son père.

Elias, 2 ans, part à la campagne avec son père et ses grands-parents. Très heureux du voyage, pendant les 50 premiers kilomètres, il admire le paysage et le commente abondamment. Progressivement, limité dans ses mouvements par la ceinture de sécurité, il s’impatiente. Cherchant quelque chose pour l’occuper, la grand-mère trouve dans ses poches une paire de mitaines. Elle les donne à Elias qui s’en empare, les enfile sur ses doigts qui s’agitent comme des petites marionnettes. Rires, exclamations, le voyage gagne encore une cinquantaine de kilomètres ! De nouveau l’impatience revient. C’est alors que le regard du papa se porte sur une boîte de chewing-gums vide. Merveille ! Elle a deux façons de s’ouvrir… Ce qui permettra à Elias de l’explorer abondamment, ouvrir, fermer, faire semblant de manger des chewing-gums imaginaires… Elias arrive ainsi au terme du voyage.

Le temps passé devant un écran, une tablette, est du temps volé à l’exploration, à la découverte et à la rencontre avec l’autre. Un bébé, un enfant, ça bouge ! Ce n’est pas encore le moment d’être sage…

Véronique Caillard, psychanalyste

Territoires d’éveil n°12

Publication : Juin 2018
Territoires d'éveil
Accueil Publication

Toutes les publications

  Le label Enfance et Musique
Cd, Livres-CD pour les tout-petits


Voir le site du label

Réseaux sociaux

 Enfance et Musique
17 rue Etienne Marcel
93500 Pantin
Tél. : +33 (0)1 48 10 30 00
Siret : 324 322 577 000 36
Organisme de Formation déclaré
sous le n° : 11 93 00 484 93

Conditions générales de vente

Mentions Légales

Partenaires publics

Share This