Photo Laurent Champoussin

L’art et l’enfance, par Nicolas Roméas

Tout le monde le sait, l’artiste est celui qui garde en lui l’enfant vivant, tout le monde le sait. C’est une assertion d’une banalité accablante. Mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Rien, cela ne veut rien dire. À force de banalité cela ne veut plus rien dire. Ou cela veut simplement dire, bêtement, que quelque chose en lui n’a pu être tué, il n’a pu être transformé en machine à produire, obéissante, canalisée, sinistrement, faussement efficace.

 

L’ARTISTE EN OCCIDENT

 

La fabrication de l’adulte en Occident c’est l’assèchement de la grande mangrove où la flore de l’imaginaire se déploie sans limite dans tous les sens, pour y construire des usines et produire, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Comme à l’échelle de la nature la destruction par l’homme des zones humides. Celui qu’on appelle artiste, en Occident, garde en lui et cultive ce territoire mouvant fait d’abysses terrifiants, de pics, de falaises abruptes, de forêts inextricables et de plaines immenses survolées au ras de terre par des nappes de brouillard qui s’étendent et refluent sans cesse, dans lequel les gosses vont et viennent la nuit comme le jour, bringuebalés. Mais il ne s’y perd plus comme autrefois, pas à chaque fois en tout cas, sinon de l’enfance il passerait à la folie et l’artiste n’est pas fou, pas exactement, car il a un statut, reconnu, respecté, plus ou moins, dans le monde des hommes. Il ne s’égare plus dans le paysage. Non, il trace un chemin, choisit ses pistes, ses repères, y revient avec des outils, s’attarde minutieusement sur un détail, construit une cabane, une cathédrale, rêve sous un palétuvier, écoute longtemps couler l’eau de la source jusqu’à comprendre son langage et le parler lui-même pour que d’autres l’entendent. 

 

UN PAYSAGE INTÉRIEUR QUI VIENT DES DÉBUTS DE LA VIE

 

Celui qu’on appelle artiste, en Occident, témoigne du fait que cet imaginaire, la part ouverte de l’être, en jachère, pour peu qu’il dispose de l’espace nécessaire et de quelques outils, peut vivre encore tout au long de la vie, dans le reste du temps humain. L’être ainsi produit, qui conserve cette part ouverte, toujours indéfinie, à explorer, cette fontanelle, témoigne d’un possible auquel la plupart ont été forcés à renoncer. Ce possible on peut l’appeler l’humain. Et il faut que quelqu’un en témoigne, de ce possible si peu incarné, si l’on veut qu’il ne dépérisse pas complètement et définitivement. Le rôle de l’artiste est donc de témoigner de cela, de ce possible, en lui redonnant vie, en produisant à partir de lui quelque chose qui dans le monde réel, le monde commun, le monde des hommes, lui donne crédit et consistance.

Est-ce donc l’enfant qui s’exprime en lui ? Non. Mais ce paysage intérieur qui vient des débuts de la vie ne s’est pas effacé et il suit un parcours que seul l’adulte peut tracer.

Nicolas Roméas

Nicolas Roméas

Journaliste culturel spécialisé dans le théâtre et les arts vivants, metteur en scène, ancien producteur à France-Culture, fondateur et directeur de la revue Cassandre/Horschamp . 

Bibliographie
Un rêve d’Afrique
Nicolas Roméas, Adama Bagayoko,
Adama Traoré, Aminata Traoré
Éd.Cassandre, 2009
Collection : Les Armes de l’art

 

Cassandre / Horschamp

Revue européenne d’enquêtes, de débats et d’informations qui interroge les pratiques de l’art et de la culture dans la société contemporaine. Défrichage, analyses, commentaires venus d’autres champs que du seul monde artistique.
Cassandre/Horschamp a été fondée en 1995. Inspirée par l’épopée des pionniers de la décentralisation théâtrale et par l’immense aventure que fut l’Éducation populaire, elle porte depuis les valeurs d’un art en prise avec la société. L’idée centrale est de défendre la notion de culture en tant que valeur symbolique qui doit échapper à la main mise de l’économique.
« Notre travail est celui d’une nouvelle critique qui ne se contente pas de juger l’”objet” mais appréhende le geste de l’art dans une vision qui prend en compte la relation à l’histoire, aux publics et aux lieux ». La revue s’ouvre à d’autres expériences du « vivre-ensemble » dans de nombreux domaines.
Revue trimestrielle brochée, 100 pages, un hors-série annuel.
« Notre situation est précaire et la vie d’une presse originale est au prix du soutien de ses lecteurs ».
www.horschamp.org

 

Éducation populaire, Une utopie d’avenir
Lors de la consultation sur l’éducation artistique et culturelle « Pour un accès de tous les jeunes à l’art et à la culture », le ministère de la Culture sollicitait les grands acteurs de l’éducation en France au nombre desquels on pouvait compter un certain nombre de fédérations d’éducation populaire.
L’ouvrage Éducation populaire, une utopie d’avenir est comme le souligne Nicolas Roméas, « un coffre au trésor » où l’on peut puiser de nombreux et précieux témoignages des militants de l’avancée de l’art et de la culture en France.
Savoir ce que nous sommes aujourd’hui, c’est connaître l’histoire de ces pionniers et de leurs successeurs afin de mesurer l’urgence des enjeux dans le monde contemporain.
Ouvrage coordonné et actualisé par l’équipe de Cassandre / Horschamp à partir des enquêtes réalisées par Franck Lepage.
Éd. Les liens qui libèrent – Cassandre/Horschamp, 2012

 

Où tout commence – Artistes/enfants
N° 57, Revue Cassandre/Horschamp
Reportages, témoignages d’artistes de toutes les disciplines artistiques. Un numéro toujours d’actualité quant aux thèmes et aux démarches abordées. 

 

L’insatiable

Un journal d’informations et de débats en ligne animé par l’équipe de la revue Cassandre/Horschamp qui explore des terres méconnues, découvre des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchit aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société contemporaine en danger de déshumanisation.
L’équipe de la revue Cassandre/Horschamp qui travaille depuis novembre 1995 à la découverte d’un geste artistique qui agit à l’intérieur de la collectivité humaine et à une réflexion qui permette d’en exprimer la valeur et le sens, a décidé de passer à la vitesse supérieure, afin de toucher un public plus large.
L’idée centrale est la défense et l’illustration du geste artistique en tant qu’outil véritable d’une société en danger de déshumanisation. « Pour ce qui concerne les recensions de pièces ou autres moments artistiques, nous ambitionnons d’inventer une nouvelle critique qui ne se contente pas d’un regard esthétique sur les œuvres, mais prenne vraiment en compte la relation à l’histoire, aux populations et aux lieux ».
http://linsatiable.org/

Territoires d’éveil n°2

Publication : Nov 2014
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